Gilles Brücker : «Le renforcement des solidarités Nord/Sud passe par la francophonie»
La conférence de Casablanca est la 5ème conférence francophone mais la première organisée par l'AFRAVIH. Vous en êtes le Secrétaire Général : qu'est ce que l'AFRAVIH et quels sont ses objectifs ?
L'AFRAVIH est une association de droit français qui regroupe des acteurs engagés dans la lutte contre le VIH au Nord et au Sud. L'AFRAVIH est née en décembre 2008, elle a été créée lors de la conférence ICASA de Dakar. Elle a pour objet de renforcer l'action internationale de lutte contre le VIH, en particulier par le développement des échanges entre professionnels de santé, et avec la société civile et le monde communautaire. Son premier objectif est l'organisation de cette conférence francophone qui se tient à Casablanca en mars 2010.
Quel est le «combat» de l'AFRAVIH ?
Le combat mené par l'AFRAVIH est centré sur la lutte contre toutes les inégalités en matière d'accès à la prise en charge et aux soins; lutte contre les inégalités de savoir dans le domaine médical et social; inégalités dans la prise en charge et la qualité des soins mais également inégalités dans le développement de la recherche, particulièrement la recherche opérationnelle en lien avec les équipes de terrain.
Le renforcement des solidarités Nord/Sud passe par des actions de formation, d'expertise et de projets communs. La francophonie est tout à la fois un atout majeur pour renforcer les échanges avec de nombreux pays partenaires au Nord et au Sud et une responsabilité que nous devons assumer en cet espace de solidarité Nord /Sud.
Quel est l'intérêt d'une conférence francophone ?
Les pays francophones occupent une place cruciale dans la recherche et la lutte contre le Sida, la 5ème conférence francophone va rassembler plus d'un millier de personnes originaires de 50 pays. Cette conférence s'inscrit dans le prolongement de celles de Montréal (2001), Lyon (2003), Bruxelles (2005) et Paris (2007). Elle s'est progressivement mais résolument ouverte aux pays du Sud où les besoins d'échanges francophones sont particulièrement importants.
Nous pensons que cet espace francophone est également porteur de valeurs essentielles d'équité, pour le renforcement de l'accès universel et pour la valorisation de l'engagement de la société civile.
Au centre des préoccupations : «le renforcement de ressources» : l'avenir devient préoccupant dans le contexte économique et politique que nous traversons. Le Sida continue sa progression. Le vaccin n'est pas pour demain. Il faut plus de moyens financiers mais aussi plus de ressources humaines pour dépister plus tôt, prendre en charge plus vite et assurer la pérennité de cet accompagnement des personnes atteintes. Il faut aussi mieux prévenir cette transmission du VIH chez l'adulte et l'enfant : la tâche est immense !
Qu'apporte-t-elle par rapport aux autres grandes conférences internationales ?
L'importance de la mobilisation croissante constatée à Paris en 2007 et cette année à Casablanca confirme l'existence de ce besoin d'échanges au niveau médical, soignant et communautaire. L'intérêt témoigné des grandes organisations internationales, en particulier le Fonds Mondial, l'ONUSIDA, l'OMS ou UNITAID, se manifeste par leur présence forte à cette conférence, non seulement à la cérémonie d'ouverture mais également dans des ateliers pour des débats autour des questions de financement, de programmation et d'application des nouvelles recommandations.
La présence des firmes pharmaceutiques souligne également combien l'analyse des besoins des pays du Sud et l'adaptation de la réponse médicamenteuse doivent trouver des réponses afin de contribuer à cet accès universel.
La tenue pour la première fois de cette conférence sur le continent africain doit également favoriser le débat sur les questions de société et la responsabilité des pouvoirs publics à l'égard des populations les plus exposées ; exclues (enfants des rues, détenus, prostitués) ou stigmatisées (homosexuels) ... La question du genre, singulièrement la vulnérabilité des femmes face au VIH sur le continent africain, doit faire l'objet non seulement d'une prise de conscience mais d'un renforcement actif des politiques d'aide, de soutien et de prise en charge.
Défendre la francophonie dans le cadre des communications scientifiques, est-ce une nécessité ou une opportunité ?
Défendre la francophonie est une nécessité tout particulièrement dans les pays qui n'ont pas bénéficié au niveau médical, soignant ou communautaire d'un accès suffisant à la langue anglaise pour pouvoir s'exprimer dans les colloques internationaux où seule cette langue est possible.
Cette francophonie, par elle-même, s'inscrit dans la lutte contre les inégalités du savoir et des capacités d'expression dans un combat désormais mondial, et qui nécessite une confrontation internationale.