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Dominique Israël-Biet, Présidente du CA du GIP ESTHER
"L'Alliance Européenne, un signal fort pour nos partenaires du Sud"

Dominique Israël-Biet, nommée fin 2007 Présidente du Conseil d´Administration du GIP ESTHER, est médecin et Professeur de Pneumologie à l´Université Paris V Descartes. Clinicienne, elle exerce sa spécialité à l´Hôpital Européen Georges Pompidou à Paris.

Ses années de formation en tant que médecin ont coïncidé avec la déferlante de l´épidémie de Sida, au moment où le virus responsable n´était pas nommé car encore inconnu et où plus que 90% des patients révélaient leur maladie par le biais de ses infections opportunistes pulmonaires. C´est donc en tant que jeune médecin qu´elle s´est engagée dans la prise en charge des patients porteurs du VIH. Son éthique de soignante s´est largement construite autour des problématiques de la stigmatisation des populations cibles de l'infection à cette époque dans les pays occidentaux, à savoir les homosexuels et les toxicomanes. Parallèlement à son activité clinique, elle a été par la suite responsable du laboratoire d'Immunologie pulmonaire de l´hôpital Laënnec dans lequel s´effectuaient les recherches d´agents infectieux dans le poumon des patients VIH. Elle y dirigeait alors une équipe de recherche en pathologie respiratoire qui conduisait des travaux sur l´optimisation des moyens diagnostiques des infections pulmonaires associées au VIH ainsi que  sur l´impact délétère de ces infections sur la réplication du VIH. Dominique Israël-Biet est également  très impliquée dans la coopération dans le domaine aussi bien universitaire que dans celui de la formation hospitalière des jeunes médecins.

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L'Alliance Européenne ESTHER  est née dès la création de l'Initiative en 2001. Elle compte aujourd'hui 10  pays.  Comment pourriez-vous qualifier son évolution ?
Le souhait de Bernard Kouchner de créer une Alliance européenne ESTHER en réunissant dès l'origine 4 pays européens autour du GIP ESTHER avait été un message extrêmement fort en 2002, témoin d'un souci de mobilisation effective de l'Europe au bénéfice des pays du Sud. Lors du changement de gouvernance du GIP fin 2007, l'Alliance Européenne ESTHER comptait 9 pays du Nord. La phase de construction de cette Alliance avait permis de faire émerger des initiatives nationales ESTHER qui ont mobilisé des hôpitaux européens et mis en oeuvre des jumelages dans de nombreux pays (en Afrique pour l'Italie ou le Luxembourg, ou encore en Amérique Centrale pour l'Espagne par exemple). Certains par contre étaient en cours de démarrage (l'Allemagne, la Belgique par exemple). Mais l'Alliance n'avait pas encore développé de projets  conjoints ni initié de réflexion quant à son propre statut. Elle s'était toutefois dotée d'une Charte. Nous nous sommes donc attachés avec Gilles Brücker à capitaliser ces liens, les renforcer, les multiplier, et à porter un plaidoyer constant visant 2 objectifs essentiels : rendre opérationnelle cette Alliance par le biais de programmes communs sur le terrain et accroître sa visibilité auprès des instances multilatérales comme par exemple la Commission européenne.
Je voudrais insister ici sur l'aspect novateur et original du modus operandi ESTHER : le jumelage hospitalier.

Cette approche permet de mobiliser de l'expertise dans de nombreux domaines ayant trait à la prise en charge des patients et de contribuer à répondre ainsi aux Objectifs du Millénaire (OMD) 4, 5 et 6 définis par la communauté internationale. Il s'agit d'un instrument de coopération et de développement  visant au renforcement des capacités des professionnels et des systèmes de santé des pays partenaires.


Pourquoi une Alliance ?
Parce qu'il me semble très clair que la mutualisation de l'expérience de chacun dans ses propres coopérations bilatérales et de son expertise dans différents aspects de la prise en charge du VIH confère à l'Alliance une valeur ajoutée très supérieure à la simple somme des actions bilatérales des pays qui la composent. L'Alliance ESTHER pourrait permettre ainsi le développement d'un outil européen conciliant des logiques bilatérales et multilatérales et doté d'une capacité accrue à capter des fonds internationaux.
De plus, travailler ensemble à la définition et à la mise en oeuvre de projets communs ne peut qu'enrichir la réflexion de chacun et optimiser ses propres choix bilatéraux. Par ailleurs, la mutualisation des ressources humaines sur le terrain, bien si précieux de nos jours, est un facteur important de la faisabilité des programmes. Enfin, l'existence même d'une Alliance européenne constitue un signal extrêmement fort pour nos partenaires au Sud, qui y voient un renforcement institutionnel et opérationnel de leurs interlocuteurs du Nord ne pouvant à terme que bénéficier à la cause commune.

Quelles sont les forces et les faiblesses de l'Alliance ESTHER aujourd'hui?   
L'Alliance compte à présent 10 pays. L'implication de chacun est très hétérogène et fonction bien sûr de ses priorités politiques en matière de coopération bilatérale. Cette diversité reste cependant un atout pour l'Alliance de par la qualité et la multiplicité des expériences qui s'y échangent. Il ne faudrait pas bien sûr que cette diversité devienne une faiblesse, bloquant certaines initiatives communes du fait de l'immobilisme de certains. Une des faiblesses institutionnelles de l'Alliance pourrait tenir à son caractère encore limité parmi l'ensemble des membres de l'Union européenne, trait auquel la Commission serait semble-t-il très attachée. Une autre de ses faiblesses actuelles réside dans un certain déficit de moyens alloués aux secrétariats nationaux de l'Alliance, ce qui fragilise leurs capacités à mobiliser des ressources additionnelles et à communiquer de manière plus visible.

Faut-il élargir l'Alliance?
Oui, je pense qu'il faut élargir l'Alliance car la somme des énergies de tous, coordonnée bien sûr au sein d'une Charte commune, est un garant de son dynamisme et de son caractère opérationnel.
Cependant, son élargissement aux 27 membres de l'Union ne constitue pas à mes yeux un objectif en soi. Je crains qu'un tel élargissement ne soit dans un premier temps plus inducteur de cacophonie que d'optimisation des actions communes. Par ailleurs, certains acteurs non membres stricto sensu de l'Union développent déjà au sein de l'Alliance des actions importantes. C'est le cas de la Norvège. Pourquoi ne pas réfléchir à l'adhésion d'autres pays comme par exemple la Suisse ou même le Canada francophone? Ces pistes, tout comme d'autres, demeurent à explorer.


 


 
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